31 mai 2012

Quand on en rêve...


Il y a un temps pour se flatter la bedaine qui est pleine de vie. Ce temps où tous les rêves sont permis. Où la vie se dessine en rose, en éclats de rire et en odeurs de bébé propre à la peau douce. Bien sûr, existe l'angoisse qu'il lui manque un bras ou que le coeur ou les poumons ne soient pas assez forts... Mais pour le reste, on s'imagine comme dans un film, avec notre bébé et notre nouvelle famille! Le temps de tous les possibles qu'est la grossesse est un temps où tout nous appartient encore! 
Mon amie de toujours, quand j'étais enceinte de ma Lo (ô il y a si longtemps déjà... Presque deux décennies!!!), arrivait chez moi avec des poèmes de féministes qui parlaient de maternité. Elle rêvait d'être mère depuis toujours. Moi pas. Je n'avais jamais pensé à ce côté de l'existence, j'avais toujours vécu ma vie comme si c'était quelque chose de fugace, je ne pensais jamais à ça. De toute façon, j'avais 20 ans. Est-on si réfléchie à 20 ans? Eh bien, elle oui!
Son excitation pour ma grossesse me faisait l'aimer encore plus. Elle était si mignonne face à mon bedon tout rond, elle était si exaltée que ça m'aidait à passer quelques angoisses de jeune mère. Tout irait bien!
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Puis un jour ce fut son tour...
Un peu après que j'ai eu mon Oli, elle a eu son premier aussi. Elle en a forgé des rêves et des images mentales de la maternité. En me regardant, elle savait bien que le rose qui colorerait ses joues ne serait pas fait que de joies, mais aussi de fatigues et de tensions. Mais elle abordait ce pan de sa vie avec une telle ouverture et une telle aisance! Une mère naturelle mon amie! Elle a mené de front les études, le travail et les bébés! Elle a bravé plusieurs villes, plusieurs tempêtes. Et elle est une mère extraordinaire. Qui sait rire avec ses petits, qui sait encore s'émerveiller de toutes ces choses belles qu'offre la vie. Les oiseaux dans la cour, ses chiens et ses poissons. Son chat aussi! 
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Cette semaine, elle est venue chez moi. Parler un peu. 
Sa maternité ces jours-ci, fait mal.
Elle a des enfants qui "offrent de grands défis", qui ont à vivre pour toute leur vie avec des conditions difficiles. Et il n'y a rien à faire d'autre que l'amour. Toujours. Rien à faire d'autre que de vivre avec le constat qu'il n'y a pas que les bras dans le front qui peut handicaper une vie. Je dis handicaper, mais je veux dire... La colorer, lui donner un angle différent. Je veux dire vivre avec un regard qui n'appartient qu'à nous, qui ne répond à aucune norme. Voir la vie avec les lunettes de certaines conditions neurologiques ou de maladies mentales...
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je regarde tout autour de moi et je m'aperçois que la vie nous a donné à mes amies et moi des défis de taille. Pas de fauteuil roulant, pas de béquilles. Mais des enfants différents, aux regards sensibles, à la fragilité non apparente, mais qui fait mal pareil. Des enfants qui demandent sans cesse de réviser ce qu'on pense savoir, pour aller encore plus loin dans nos réflexions. Des enfants qui nous demandent une présence sans relâche, mais qui eux, devront apprendre à vivre tous les jours avec leurs différences, dans une société qui demande à suivre les rangs.
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Bien entendu, tous les enfants offrent des défis et tous les parents ont des cernes sous les yeux pour prouver à quel point le sommeil est différent lorsque l'amour est si fort. Mais dans mon entourage, je dois avouer qu'il y a certaines personnes à qui je voudrais donner plus souvent des tapes dans le dos, à qui je voudrais donner des fleurs, des petites douceurs, parce que bien que la terre continue de tourner, elle tourne parfois bien carré dans leur demeure! Et qu'il n'y a rien à faire d'autre, que d'aimer et d'accepter. Aimer et évoluer, aimer et apprendre à intervenir pendant et après les crises de toutes sortes.
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Quand on attend nos bébés, on ne rêve jamais, mais alors là jamais, d'avoir des enfants TED, borderline, avec les lobes frontaux qui ne se développent pas, hypersensibles, anxieux chroniques, prématurés, asperger, bipolaires...
Et quand je nomme ces "étiquettes" j'ai mal. Car pour moi ces étiquettes portent des prénoms que j'aime. Et que ces enfants ne sont pas seulement et sont bien au-delà de ces étiquettes, des enfants qui ont un coeur, des amis, des rêves et des envies. Ce sont des enfants qui ont tous des parents dévoués, aimants et fatigués. Ce sont des enfants qui doivent tous les jours, vivre l'équivalent de leurs olympiques... Surmonter leurs peurs, les préjugés et leurs démons.
Oui. On doit tous le faire. Mais pour eux et pour leurs parents, la barre est un peu plus haute que pour les autres... Parce que certains démons prennent plus de place que d'autres.
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Alors, ce matin je bois mon café à nous toutes, pour qui les rêves de meilleurs sont bien présents... À nous toutes aussi pour qui tous les possibles le sont vraiment. Car la vie bien qu'elle ne soit pas toujours comme dans nos intentions les plus folles, elle est belle, et bien que nos enfants ne soient pas tous "conformes"... Ils sont tripants, intelligents et intéressants. Bien que souvent nous soyons découragées, dépassées et démunies... Nous sommes fortes et bien présentes. Personne ne peut dire toutes les aventures que nous vivons en famille, car nous ne trimballons aucun signe visible de ces défis... Mais nous les surmontons une à une et nous allons finalement bien plus loin que nous le pensions, quand nous caressions notre bedon, il y a de cela bien longtemps...
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Je vous offre à vous parents et aux autres aussi, vous qui nous côtoyez... Ces fleurs, prises avec un filtre macro... Nos premiers essais du genre.
Je suis contente d'avoir planté ces ancolies. Ce sont des fleurs si étranges et magnifiques!!!
Bonne journée!

8 commentaires:

Ellora a dit…

Je ne suis pas une maman, du moins pas encore, mais ton texte me touche beaucoup. Je ne bois pas de café, mais je lève mon verre d'eau à toutes ces mamans qui font la différence dans la vie d'enfants qui ont tant de défis à relever...

Solange a dit…

Très touchant ton texte,élever des enfants n'est déjà pas de tout repos si en plus il y a des problèmes quel travail. Chapeau à ces parents.

Michèle a dit…

Bravo pour ce beau texte sur l'amour et la différence. C'est un bel hommage à ces enfants si uniques que tu viens de rendre, avec en parallèle un lien avec ces jolies fleurs.

Anonyme a dit…

Belle Julie! Je dois encore te dire que j'adore te lire, j'adore ta sensibilité et ta manière de t'exprimer qui est si franche, mais tout en nuance... Je n'ai pas d'enfants à défi ou "boderline", seulement une ado qui se cherche avec tout ce que ça implique, mais je me suis quand même retrouver dans ton magnifique texte! Je te souffle un bisou et une grosse caresse ainsi qu'à toutes les mamans qui liront ceci. De la tendresse et de l'amour, ont en a jamais assez dans sa vie! ;)

Laluna a dit…

J'ai tenté de rendre hommage à des amies très chères et un peu à moi aussi... La maladie mentale ou les désordres neurologiques, ne sont pas apparents et prennent beaucoup de place dans la vie d'une famille... En même temps ça en fait la richesse aussi.

Marico a dit…

Quel texte magnifique de vérité et de sensibilité. J'endosse totalement tout ce que tu écris. Tu sais ouvrir les coeurs. Par les temps qui courent, ça fait du bien. Je reviens sous peu.

Élise a dit…

Texte très touchant, qui parle de l'amour, de l'amitié et de la maternité. J'ai eu une amie aussi avec des enfants différents. J'admirais sa capacité de pouvoir rire des comportements de ses enfants. J'entends encore son rire quand elle racontait des situations cocasses. J'entends aussi tout l'amour qu'elle portait, et qu'elle porte toujours j'en suis convaincue, à ses enfants. Parfois, quand mes filles ne répondent pas à mes attentes - Dieu merci, d'ailleurs - je pense à cette amie.

Laluna a dit…

Peut-être qu'on parle de la même...
;)